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Cornillon dans l’Antiquité

(Revue de la Rhodanie n°57 paru en 1996)

Le village actuel de Cornillon est posé au sommet d’une colline qui limite au nord la vallée de la Cèze. Un petit affluent, le Vallat des Jonquets, l’isole vers le nord et l’ouest de la zone des plateaux bordant la vallée. Le site forme donc un éperon de 80 m au-dessus du niveau de la Cèze. Sa morphologie le rendait propice à recevoir un oppidum, et les fouilles que nous y avons conduites en 1979 sont venues confirmer cet a priori. Elles ont établi que l’homme avait fondé ici, au Vème siècle avant notre ère, une petite communauté vivant d’agriculture et du trafic commercial de la vallée. Elle traversera les civilisations jusqu’à l’Antiquité tardive où elle abritera des réfugiés fuyant la menace wisigothique. Mais, entre temps, du 1er au IVème siècle, elle a éclaté et s’est dispersée, sans doute à cause de sa position peu confortable à l’écart des routes longeant la rivière. Ses habitants les plus riches et les plus entreprenants sont allés bâtir dans la plaine alluviale d’immenses villae, pratiquant à côté de la culture habituelle et traditionnelle du blé celle, plus spécifique et lucrative, de la vigne. L’une d’elles, connue depuis longtemps, s’était implantée au lieu-dit La Vérune, au nord du croisement de la RD 980, Bagnols/Barjac et de la route de Goudargues. Les tessons de vases, visibles à cet endroit, sont dispersés sur un très vaste espace, et leur examen prouve qu’une activité agricole s’y maintint du 1er au IVème siècle. On y a trouvé aussi des vestiges d’aqueduc, des fragments de ronde bosse et de bas-reliefs, dont l’un paraît se rattacher au culte de Jupiter et de la nymphe Thalia, bref les restes d’une vaste demeure comme les aimaient les clarissimes au temps de Constantin. Un autre domaine s’étendait plus au sud, au contact de la RD980 côté ouest, à son croisement avec la D220 qui aboutit au village de Saint-Gély. Le quartier se nomme Camper. Il était habité au Premier Age du Fer. Des sépultures sous tumulus y ont été fouillées en 1975 et 1980 permettant d’exhumer une série de bracelets de bronze. Les traces discernables des installations gallo-romaines, mises en place sept siècles plus tard, se répartissent à l’intérieur d’une zone presque rectangulaire dépassant 300 m sur 250, soit une aire de près de 8 ha. On imagine sans peine en ces lieux privilégiés, la présence d’une famille de notables assez fortunée pour offrir à l’un de ses membres le prix élevé d’un sarcophage sculpté. Trois fragments dont deux inédits sont toujours visibles au village. Le premier est au fond de la chapelle Sainte-Thérèse de l’église paroissiale, le second orne un mur de la cour de la maison Flandin, le troisième est scellé dans la façade de l’habitation de Madame DEBARD, en face de l’église.

• Le fragment de l’église a une forme rectangulaire qui, apparemment, lui a été donnée à dessein, avant d’être fixé au mur de la chapelle. Il est bien conservé en haut et en bas mais pas sur les côtés et mesure dans son état actuel 52 cm sur 29. Il est en marbre blanc veiné de gris. Deux apôtres debout, vêtus du pallium, regardent vers la gauche. Celui de gauche, imberbe, tient dans sa main gauche, qui sort des deux plis du manteau, le rouleau des Ecritures. Il a perdu son bras droit emporté par la cassure. L’autre regarde dans la même direction, il tient aussi un volumen, cette fois déployé, de la main gauche, et lève la droite en signe d’acclamation. On remarquera l’importance donnée à cette main levée aux doigts rigides. On devine une barbe sur ce visage très usé. Un pli du pallium long, courbe, en relief marqué, traverse la poitrine des deux hommes comme une écharpe, tandis que les plis tombants de la draperie sont esquissés à grands traits. Nous verrons que ces caractères vestimentaires ont leur importance. Ces deux apôtres acclament une représentation - Jésus, la Croix ou une Orante - placée devant eux.

• Le second fragment, au domicile de M. et Mme Flandin, est inédit. Il a été exhumé en 1970 des ruines d’une habitation contiguë au cours de travaux de réfection. L’élément en marbre blanc veiné de gris, cassé sur tous les côtés, mesure 35,5 cm de haut sur 25 cm de large. On ne peut manquer de rapprocher ce fragment de celui qui est conservé dans l’église car dans les deux cas :
­- deux apôtres tournés vers une figure centrale, acclamant la main levée, tenant le rouleau de la Loi,
- des caractères stylistiques identiques : la même main démesurée aux doigts raides, le même pli transversal, en relief sur la poitrine, la même retenue dans le traitement des plis verticaux, les mêmes mesures morphologiques.

Nous avons relevé l’épaisseur des veines grises et blanches du marbre et, ici encore, les résultats sont probants. Sur le fragment de M. Flandin, les strates alternativement grises, blanches et grises, de haut en bas, ont respectivement 15 cm, 6 cm et 7 cm ; sur la partie correspondante du fragment de l’église, on obtient 13,5 cm, 7,5 cm et 7 cm. Les veines n’étant pas rigoureusement horizontales sur toute leur longueur, on peut admettre qu’on a affaire au même bloc de marbre. Tout indique donc que les deux morceaux appartenaient au même sarcophage. On peut dès lors imaginer une organisation du décor en trois panneaux. A chaque extrémité, deux apôtres tournés vers le centre où se tenait une effigie divine ; entre les panneaux, un motif de remplissage qui pourrait être des strigiles comme à Saint-Gervais.

Remarque : Cette disposition en triptyque n’est pas exceptionnelle dans l’art funéraire arlésien. Mais, à l’exception d’un exemple, un seul apôtre occupe les extrémités au lieu de deux comme ici. Cette exception est le sarcophage du Mas de Molin en Camargue, dont une partie se trouve au Musée d’Arles et Fernand Benoît lui attribue une date tardive qu’il situe au règne de Théodose (379-395). On y voit deux apôtres à chaque extrémité tenant le rouleau, tournés vers le centre où se tenait une orante, dont on distingue la main malgré la mutilation. Les personnages sont séparés par des séries de strigiles. L’oeuvre, comme à Cornillon, est taillée dans un marbre blanc veiné de gris. Les détails stylistiques que nous avons analysés plus haut s’y retrouvent aussi. Incontestablement les deux sarcophages ont été extraits de la même carrière et sculptés dans le même atelier au cours des dernières années du IVème siècle.

• Le troisième fragment, également inédit, est conservé sur trois côtés mais reste cassé sur le côté gauche. La hauteur, complète, est de 57 cm, la longueur de 37 cm. Un trou carré à droite permettait la manutention. Une bordure de 4 cm en haut, de 3 cm en bas et à droite, limitait le décor formé d’imbrications d’écaillés de 9 cm sur 7,5 cm réparties sur neuf rangs de haut en bas.

Ce motif était certainement le plus communément choisi par les tailleurs de pierre, qui en recouvraient entièrement les faces latérales. Nous l’avons déjà observé à Chusclan sur une réalisation précoce. A Arles, on le retrouve aussi bien sur les sarcophages :
- à scènes bibliques juxtaposées datant du début du IVème,
- que sur ceux qui, à la fin du IVème ou au début du Vème, alignent les strigiles.

Il nous semble plus intéressant de connaître si ce fragment et les deux précédents faisaient partie du même coffre. On l’admettra si l’on en juge par la teinte grise et blanche du marbre et par l’épaisseur des strates sensiblement correspondantes à celles que nous avons indiquées plus haut (11 cm, 7 cm et 10 cm).


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