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L’histoire de la croix YOKOHAMA

(Maître ROVERY)

Rapport entre une croix japonaise et l’élevage de vers à soie à Cornillon

Dans tout le midi de la France, l’élevage des vers à soie fut très florissant jusqu’en 1930, bien que de 1850 à 1870, la région connut une terrible épidémie de pébrine, menaçant de détruire cette industrie siricole. Ici, le fléau fut particulièrement destructeur et prit des proportions telles, qu’en 1867, trois hommes de la région furent désignés pour se rendre au Japon afin d’acheter des larves de vers à soie exempts de cette maladie. Il s’agissait de :

- Monsieur RIEU d’Orgnac,
- Monsieur MAURENSAC de Connaux,
- Monsieur RAFIN de Cornillon.

Le voyage on s’en doute, fut mouvementé et périlleux, durant de longs mois, notamment au retour avec une mer déchainée.

Nos ancêtres il faut le croire, n’étaient pas si casaniers que cela puisqu’une religieuse de l’ordre de des Dames de Saint-Maur, originaire de Cornillon, Sœur SAINT-HUBERT, née BOUSQUET se trouvait à la même période dans un collège anglais de SINGAPOUR. Celle-ci y dispensait des cours de bonnes manières destinés à de jeunes filles qui plus tard, étaient très demandées comme futures épouses par les fils de riches familles, désireux de trouver des femmes accomplies.

Nos émissaires firent donc escale à Singapour et en profitèrent pour rencontrer leur compatriote : Sœur SAINT-HUBERT. Lorsque la Supérieure de ce collège anglais vint lui annoncer la visite d’un cornillonnais, Sœur SAINT-HUBERT crut tout d’abord à une plaisanterie et il fallut insister grandement pour qu’elle se rendît au parloir. Et c’est d’après la légende, que toute pâle et tremblante, qu’elle tomba dans les bras de Frédéric RAFIN venu lui apporter des nouvelles de sa famille.

C’est ainsi qu’elle apprit que son jeune frère avait été pressenti pour effectuer ce voyage, mais finalement, ayant déjà leur fille si éloignée d’eux, ses parents s’étaient opposés à son départ, craignant de ne pas voir revenir l’unique enfant restant au pays. Pour l’histoire, signalons que Sœur SAINT-HUBERT décéda à Singapour en 1873 et que sa nièce (fille du frère cité précédemment) fut également religieuse dans le même ordre et dans le même collège de Singapour pour y enseigner de longues années avant de revenir en France à Bordeaux où elle y mourut quasiment centenaire.

On peut aisément imaginer quel accueil fut fait à ces 3 voyageurs et sans doute, demeurent-ils quelques jours dans cette ville de Singapour si cosmopolite. Leur périple se poursuivit ensuite jusqu’au Japon d’où furent rapportées les précieuses larves de vers à soie. Durant leur retour, le bateau sur lequel ils étaient embarqués, fut à plusieurs reprises malmené par une mer démontée et que ces hommes crurent à chaque fois, leur dernière heure arrivée. Face à de telles conditions, Frédéric RAFIN promit de faire ériger une croix sur ses terres si toutefois il arrivait à bon port, sain et sauf ! Voici donc les raisons pour lesquelles le promeneur peut-il s’étonner de trouver au pied du chemin montant à la chapelle SAINT-SAUVEUR, une croix implantée sur un piédestal sur lequel sont gravés 3 dates et un nom à consonance exotique :

YOKOHAMA
1868
1869
1870

Ces dates correspondent à l’aller et au retour des 3 voyageurs et certainement, l’année où la croix fut érigée. Encore aujourd’hui, certaines maisons (magnanerie) conservent de vastes cheminées nécessaires au chauffage des salles destinées à l’élevage du vers à soie grâce aux larves importées d’Extrême Orient.

Article rédigé par Maitre ROVERY, Notaire à Cornillon et descendant de la famille RAFIN


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