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Le clocher de Cornillon

(François DOMONT - Lavérune Cornillon)

Depuis quelques mois, après les travaux qui ont été effectués à l’initiative de la municipalité, l’église de Cornillon attire les regards à l’entrée du vieux village. Sa flèche lumineuse est très belle le soir, éclairée par le soleil couchant. Ce n’est pourtant pas sans mal qu’elle a été construite !

Dans son livre consacré à Cornillon en 1897 le chanoine ROMAN écrivait : « La transformation de la flèche du clocher fut opérée parmi les contradictions entre l’autorité civile et ecclésiastique, et réalisée selon le vœu de l’abbé MAZELLIER. »

Nous avons retrouvé de nombreux documents ayant trait à cette affaire. Ils proviennent des archives paroissiales (le registre du Conseil de fabrique), des archives municipales (les comptes-rendus du conseil municipal), et des archives départementales. Ils couvrent les années 1845 /1854, soit les neuf années nécessaires pour régler le problème. C’est le 30 mars 1845 que l’on trouve une première allusion à la reconstruction du clocher lorsque l’abbé Joseph, Auguste, Melchior FACHE qui avait pris possession de la cure de Cornillon le 1er août 1844 énumère les dépenses extraordinaires qu’il faudrait faire : achat d’ornements, chasubles, étoles, fontaine et crédence pour la sacristie, blanchissage de l’église et de la sacristie, RECONSTRUCTION DU CLOCHER, réparations aux toitures de l’église et du presbytère, réparations indispensables aux cheminées du presbytère (elles fument !). Et l’abbé FACHE ajoute : « Hélas ! Le peu de ressources de la Fabrique a découragé, de façon qu’on n’a pas entrepris de faire l’évaluation des dépenses extraordinaires ».On le comprend quand il mentionne un déficit de 63 francs pour les dépenses ordinaires et aucune recette pour faire face aux dépenses extraordinaires qu’il énumère.

L’année suivante, le 19 avril 1846, les finances de la Fabrique allaient mieux puisqu’elle prévoyait un excédent de 258,45 francs au budget ordinaire. Deux cents francs pouvaient être prévus pour la reconstruction du clocher. Pourtant, rien n’est réalisé. L’abbé FACHE quitte Cornillon. Il est remplacé par l’abbé MAZELLIER originaire de Bagnols.

Le 30 avril 1848, le Conseil de Fabrique réélit M. Auguste BORRELLY de Roman « qui avait cessé d’être membre de la fabrique comme maire de Cornillon. On verra qu’il jouera plus tard un rôle important ». Le même jour, « le Conseil de Fabrique, sur la proposition de M. le curé a été d’avis, à l’unanimité, de relever la flèche du clocher, en charpente recouverte en brique dans la même forme que la précédente. Afin d’utiliser tout ce qui peut servir, le travail se fera par voie d’économie ». La Fabrique décide ensuite d’ « affecter à la réparation du clocher la somme de deux cents francs provenant du legs de la Demoiselle Hugues et du don de Carle BOUSQUET de St Gely". Il faut noter que les délibérations de la Fabrique sont signées par le curé MAZELLIER et les membres du Conseil mais aussi par Adrien RAFIN, maire provisoire. A cette époque, curé et maire sont d’accord, pour construire une flèche en charpente, même si c’est à contrecœur et par mesure d’économie. On verra que l’entente ne durera pas lorsque l’abbé MAZELLIER décidera de construire une flèche en pierre, celle que nous voyons aujourd’hui.

Nous avons vu que le conseil de Fabrique et le maire s’étaient mis d’accord le 30 avril 1848 pour faire reconstruire la flèche du clocher de l’église « en charpente recouverte en brique ». Un devis daté du 27 octobre 1849 (18 mois plus tard !) fixe le coût du bois de construction pour la flèche du clocher à 492 francs. Il précise : « La fourniture des briques ou ardoises vernies n’est point comprise au présent devis ainsi que les clous ou vis à bois pour les fixer ». Ce devis est signé DEGAN et J. Jean. Nous trouvons ailleurs que le sieur DEGAN est architecte et entrepreneur de maçonnerie à Bagnols et J. Jean architecte à Bagnols.

Le document suivant, dont nous reprenons l’orthographe, daté du 4 juillet 1850, 9 mois après le précédent, est un « Devis estimatif pour la construction d’une pyramide tronquée sur une place carré-long établie sur l’ancienne tour du cloché de la paroisse de Cornillon. Le Conseil de Fabrique de la dite paroisse de Cornillon, le président Mr MAZELLIER curé a requis le soussigné de vérifier les murs de la tour, dire et rapporté si les murs peuvent supporter la charge des constructions que la Fabrique se propose de faire élever ». C’est donc bien à l’initiative du curé et sans que le maire soit consulté que le projet d’une flèche en pierre est concrétisé.

Dès le 7 juillet 1850, le Conseil de Fabrique, dans une longue résolution argumente en disant qu’une flèche en charpente est trop coûteuse « pour une construction qui ne pouvait être que de courte durée » (25 ans), que les habitants veulent une flèche en pierre, et que la Fabrique dispose d’une somme suffisante pour solder la dépense à laquelle s’élèvera la réédification en pierre de taille de la flèche du clocher. L’église est légalement un édifice communal, mais la commune n’a pas les ressources nécessaires pour réparer le clocher. En conséquence, « le Conseil de Fabrique propose au Conseil Municipal de fournir à tous les frais que peut occasionner la reconstruction en pierre de taille de la flèche du clocher ». Le curé doit avoir de bonnes raisons de penser que le maire n’est pas disposé à se laisser forcer la main car le conseil de Fabrique ajoute qu’ « il ne peut pas prévoir que cette détermination puisse contrarier en rien le Conseil Municipal attendu que la commune ne sera pour rien dans la dépense et que ses intérêts avec ceux de la Fabrique sont parfaitement distincts ». Nous verrons que le maire ne l’entend pas de cette oreille et qu’il réagira vigoureusement.

Nous avons évoqué les deux premières périodes de la reconstruction du clocher de Cornillon. La première est marquée par la décision du Conseil de Fabrique, prise en accord avec le maire, de faire construire une flèche en charpente (30/4/1848). La seconde par l’initiative, prise par le curé, de préparer la construction d’une flèche en pierre sans avoir obtenu l’accord préalable du maire (7/7/1850), en faisant apporter sur place les matériaux nécessaires, y compris les pierres de taille provenant des carrières de SAINT GERVAIS et de SAINT-RESTITUT. La municipalité réagit vivement et demande la dissolution du Conseil de Fabrique.

Le 18 juillet 1850, le Sous-préfet d’Uzès temporise en demandant au Conseil Municipal de réexaminer les pièces du dossier. Le maire oppose la force d’inertie. Le curé s’impatiente et décide de réunir le Conseil de Fabrique le premier dimanche de janvier 1851. « Considérant que l’état actuel du clocher ne peut se prolonger plus longtemps, considérant que les pierres de taille destinées à l’achèvement du clocher ainsi que les échafaudages et tous les charrois plans et devis appartiennent à M. DEGAN et compagnie architecte à Bagnols », le Conseil de Fabrique donne 500 FF à la municipalité :
1) pour que la commune paie au dit DEGAN tous ses frais et honoraires ou traite amiablement avec lui,
2) pour qu’elle achève elle-même le clocher.

Réuni le 18 février 1851 et «  faisant abstraction des clauses de la délibération du Conseil de Fabrique qui sont contraires à la marche régulière des affaires administratives », le Conseil Municipal accepte la somme de 500 FF apportée par la Fabrique, affecte 100 FF à désintéresser le sieur DEGAN et 400 FF à la réparation du clocher, mais il charge aussi le maire « de faire dresser un devis pour la construction d’une flèche en charpente recouverte d’ardoise ». Le maire campe donc sur ses positions et refuse de construire une flèche avec les pierres apportées sur place, même après les avoir payées au sieur DEGAN avec l’argent de la Fabrique.

A propos du conseil de Fabrique
Selon le dictionnaire Robert, le mot FABRIQUE a, au XlIIème siècle, le sens de construction et spécialement celui de construction d’une église. Il désigne par extension les fonds destinés à cette construction, puis les revenus destinés à entretenir l’édifice. Le Conseil de Fabrique moderne est un organisme officiel créé après le Concordat. Il est composé des clercs (dans les petites paroisses, il s’agit du curé) et des laies chargés de la gestion matérielle de la paroisse. On appelle « fabriciens » les membres du Conseil de Fabrique et « marguilliers » les membres du bureau du Conseil (Président, Secrétaire et Trésorier). Un banc est réservé au Conseil de Fabrique dans l’église : c’est le banc d’œuvre. Les Conseils de Fabrique ont été supprimés par la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Celui de Cornillon s’est réuni pour la dernière fois le 9 décembre 1906.

Clocher en charpente recouverte de briques ou clocher en pierres ? Le maire et le curé n’arrivent pas à se mettre d’accord. Le 1er octobre 1851, le conseil municipal demande au sous-préfet l’autorisation de faire construire une flèche en bois « en régie », c’est à dire sans passer par un appel d’offre, « considérant que dans les circonstances présentes ou toutes les communes cherchent à établir des ateliers pour occuper les ouvriers sans travail il est de toute convenance et nécessité que l’administration locale de Cornillon soit en mesure de procurer quelque travail à ceux qui en manquent ». Le motif invoqué montre clairement dans quel état de pauvreté une partie de la population vivait ici comme à Paris où l’on avait mis en place quelques années auparavant les ateliers nationaux.

Le sous-préfet répond dès le 14 octobre 1851 qu’il faut à nouveau consulter le Conseil de Fabrique. Celui-ci refuse de donner une nouvelle fois son avis et s’en réfère « à l’impartialité et à la sagesse de l’autorité supérieure » dans le choix des travaux à faire.

Sommes- nous proches du dénouement ?

Pas encore, mais les temps sont troublés. Le coup d’état du Prince PRESIDENT a lieu le 2 décembre 1851. Une nouvelle constitution est promulguée le 14 janvier 1852. Le maire, Adrien RAFIN et les conseillers de Cornillon jurent obéissance à la constitution et fidélité au Président le 9 mai 1852. Un seul conseiller refuse, Charles MAGNE. Quelques mois plus tard, est-ce parce qu’il n’est pas jugé assez docile par les nouveaux dirigeants ou parce qu’il les a simplement lassés par son entêtement, Adrien RAFIN est remplacé le 12 septembre 1852 par Monsieur Jean Joseph (Auguste) BORRELLY. Le nouveau maire est très proche du curé puisqu’il présidait le Conseil de Fabrique jusqu’au jour de sa nomination à la mairie. On peut penser que le conflit qui oppose la Fabrique à la municipalité va cesser. Nous verrons dans le prochain et dernier épisode qu’il va seulement se déplacer au sein même du Conseil Municipal. Terminons le récit des événements qui ont conduit à la construction de la flèche du clocher il y a un siècle et demi. Jean Joseph Auguste BORRELLY est maire de Cornillon depuis le 12 septembre 1952 et présidait le Conseil de Fabrique au moment de sa nomination. Il soutenait aussi le curé, Monsieur l’abbé MAZELLIER, dans le conflit qui l’opposait depuis plusieurs années à l’ancien maire, A. RAFIN, à propos de la reconstruction de la flèche du clocher. Sera-t-elle en pierre comme le curé le souhaite ou sera-t-elle en charpente recouverte de briques comme l’ancien maire l’a décidé ? Pour que le curé ait gain de cause, il faut que le Conseil Municipal se déjuge. Ce ne sera pas chose facile car le nouveau maire est minoritaire au Conseil Municipal. Menée par A. RAFIN redevenu simple conseiller municipal, la majorité refuse de siéger.

Le maire, A. BORRELLY écrit le 7 août 1853 :« c’est pour la quatrième fois à partir de la session de mai que les conseillers municipaux ont été légalement convoqués à l’effet de voter le budget et c’est toujours en usant de la même manœuvre et par l’instigation de quelques meneurs que nous avons été forcé de lever la séance sans pouvoir délibérer ». Le dénouement sera l’œuvre du sous-préfet d’Uzès qui demande un rapport à M. BEGUE aîné, architecte à la direction des travaux publics d’Uzès. Ce rapport daté du 15 septembre 1853, recommande sans ambiguïté la construction d’une flèche en pierre, « comme tous les clochers qui entourent Cornillon et comme l’a décidé le bon sens des populations fortifié par l’expérience des âges ». Un devis de 1212,70 FF est établi.

Par lettre du 23 septembre, le Sous-préfet demande au maire de faire délibérer le Conseil Municipal. Le 29 septembre, le Conseil de fabrique donne 200 FF de plus au Conseil Municipal, afin, comme l’écrit l’abbé MAZELLIER au préfet « de décider deux membres douteux du Conseil Municipal qui subissaient encore l’influence de l’ancien maire ». Le lendemain 30 septembre, le Conseil Municipal « à la majorité de ses membres adopte les plans et devis dressés par M. BEGUE architecte délégué par M. le Sous-préfet » et vote les crédits nécessaires.

L’église de Cornillon aura une flèche en pierre, même si, comme le rapporte le maire au Sous-préfet « trois membres du Conseil Municipal qui ont pris part à la discussion, MM RAFIN, MAGNE et FLANDIN se sont retirés au moment de la signature ».

Les choses vont maintenant aller vite.

Le procès-verbal d’adjudication au sieur Antoine TOUREL, maçon demeurant à Aiguèze et seul soumissionnaire est du 13 novembre 1853. Une lettre du maire au Sous-préfet nous apprend que les travaux seront terminés avant le 1er mai 1854. Le procès-verbal de réception et de règlement de compte des travaux est daté du 22 mai 1854. Un crédit complémentaire de 306,50 FF est voté le 1er octobre par la municipalité. Le Sous-préfet peut enfin clore le dossier le 20 octobre 1854. Les travaux auront coûté 1462,79 FF dont 700 FF payés par le Conseil de Fabrique.

Il aura fallu six ans pour réaliser la flèche du clocher qui vient d’être restaurée dont 5 années de palabres et de « bisbilles ». La bonne entente entre les cornillonnais en aura souffert.

C’est du passé. La flèche est toujours là. Elle aura bientôt 150 ans et c’est l’un des plus beaux ornements du village.


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